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Chaque consultation devrait inclure une question qui peut sauver des vies

Auteur: Dr Eduardo Bianco, directeur du Programme de formation en addictologie pour les professionnels de santé (ATHP) de la Fondation Frank et coordinateur de l’Initiative pour le traitement de la dépendance à la nicotine et du tabagisme (NATTI)
16 septembre 2026

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Ne pas poser de questions sur la consommation de tabac n’est plus seulement une occasion manquée : Il s’agit d’une question de sécurité des patients..

Chaque année, des millions de patients se rendent à des consultations médicales pour de l’hypertension, du diabète, des maladies cardiaques, un cancer ou des maladies respiratoires. Pourtant, beaucoup repartent sans qu’on leur ait posé une question qui prend moins de dix secondes et qui peut réduire considérablement leur risque de décès prématuré : « Avez-vous fumé ou consommé des produits du tabac ou à base de nicotine au cours des sept derniers jours ? »

Cette année, la Journée mondiale de la sécurité des patients 2026 met l’accent sur la sécurité des soins liés aux maladies non transmissibles (MNT) — ces pathologies responsables de 74 % de l’ensemble des décès dans le monde. Si la sécurité des patients consiste à prévenir les risques évitables, alors aider les patients à arrêter de fumer doit devenir une pratique courante dans le cadre de soins de santé de qualité.

L’arrêt du tabac, c’est la sécurité des patients

La dépendance au tabac est une maladie chronique sujette aux rechutes et l’une des principales causes de maladies cardiovasculaires, de cancers, de maladies respiratoires chroniques et de complications liées au diabète. Continuer à fumer après le diagnostic de ces pathologies expose les patients à des risques accrus, et pourtant tout à fait évitables, de crise cardiaque, d’accident vasculaire cérébral, de progression du cancer et de décès prématuré.

C’est pourquoi s’enquérir de la consommation de tabac, la consigner dans le dossier médical et prodiguer de brefs conseils doivent être considérés comme des pratiques essentielles de sécurité clinique — au même titre que la prise de la tension artérielle, la vérification des allergies ou la confirmation des traitements médicamenteux.

Une à trois minutes peuvent changer une vie

L’Organisation mondiale de la Santé recommande à chaque professionnel de santé de systématiquement :

  •   S’enquérir de la consommation de tabac et de nicotine.
  •   Consigner ces informations dans le dossier médical du patient.
  •  Conseiller à chaque fumeur d’arrêter de fumer.
  •   Et, s’il ou elle est intéressé(e) : proposer un accompagnement ou l’orienter vers un spécialiste.

Cette brève intervention peut être réalisée en 30 secondes à 3 minutes, mais elle permet également d’orienter les patients vers un accompagnement comportemental efficace et des médicaments dont l’efficacité est prouvée, tels que les substituts nicotiniques, la varénicline, le bupropion ou la cytisine, lorsqu’ils sont disponibles.

Les preuves sont accablantes

Les recherches montrent systématiquement que même un bref conseil prodigué par un professionnel de santé augmente les chances qu’une personne qui fume tente d’arrêter et y parvienne.

Lorsque l’on arrête de fumer, les bienfaits pour la santé sont quasi immédiats. En quelques mois, la fonction pulmonaire s’améliore. En l’espace d’un an, le risque de maladie coronarienne diminue considérablement. Au fil du temps, les risques d’accident vasculaire cérébral, de nombreux cancers et de décès prématuré continuent de baisser.

Peu d’interventions cliniques offrent des bienfaits aussi étendus à un coût aussi faible.

L’une des interventions les plus rentables en matière de santé

L’arrêt du tabac figure parmi les interventions les plus rentables disponibles en soins primaires. Il prévient les hospitalisations, réduit les dépenses de santé et améliore à la fois la qualité et la durée de vie.

Cependant, dans de nombreux systèmes de santé, le tabagisme n’est toujours pas évalué de manière systématique, et aucun accompagnement à l’arrêt du tabac n’est proposé dans le cadre des soins de routine.

Cette lacune a des conséquences importantes.

La plupart des pays s’y sont engagés.

En vertu de l’article 14 de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, plus de 180 Parties se sont engagées à mettre en œuvre cette intervention. Les pays ont donc la responsabilité d’améliorer leurs mesures en faveur de l’arrêt du tabac.

Quand l’omission devient une mauvaise pratique

Imaginez un patient hospitalisé à la suite d’une crise cardiaque. Son taux de cholestérol est traité. Sa tension artérielle est contrôlée. Ses médicaments cardiovasculaires lui sont prescrits.

Mais personne ne lui demande s’il fume encore.

Peut-on vraiment affirmer qu’il a reçu les meilleurs soins possibles ?

Lorsqu’une intervention est simple, fondée sur des données probantes, peu coûteuse et capable de prévenir des dommages graves, ne pas la proposer va bien au-delà d’une occasion manquée. Cela devient un manquement à la qualité des soins — et, de plus en plus, un problème de sécurité des patients.

Chaque professionnel de santé a un rôle à jouer

L’arrêt du tabac n’est pas la seulement la responsabilité des spécialistes.

Tous les professionnels de santé, y compris les médecins généralistes, les cardiologues, les oncologues, les pneumologues, les psychiatres, les dentistes, les infirmiers, les pharmaciens et chaque membre de l’équipe soignante, peuvent agir.

Chaque consultation est une occasion de sauver une vie.

Agissez dès aujourd’hui

Alors que le monde progresse vers des soins plus sûrs face aux Maladies Non Transmissibles, prenons un engagement universel :

Interrogez chaque patient sur là sur la consommation des produits de tabac et de nicotine. Conseillez chaque fumeur. Faites-le à chaque fois.

Faire de la consommation de tabac un signe vital clinique systématiquement évalué et proposer systématiquement de brefs conseils pour arrêter de fumer ne constitue pas seulement une bonne mesure de prévention : c’est aussi une approche plus sûre des soins de santé.

« Chaque consultation devrait inclure une intervention qui sauve des vies. »

Interrogez chaque patient sur sa consommation de tabac. Conseillez à chaque fumeur d’arrêter de fumer.